Laurence Parisot a été auditionnée par la commission des Lois, dont vous êtes membre, mercredi 15 mars. A cette occasion, elle a maintenu son opposition à toute forme de législation sur les rémunérations patronales. Pensez-vous que la présidente du Medef peut conserver cette position?Philippe Vuilque : J’ai trouvé Mme Parisot très très ennuyée devant la commission. Son code de déontologie est bien gentillet mais comme le Medef n’a pas de moyens de sanctions, Valeo lui a fait un bras d’honneur et a agi comme il voulait, et ce n’est pas le dernier. Ce syndicat n’a pas les moyens de ses ambitions et, en son for intérieur, sa présidente préférerait qu’on légifère pour la tirer de cet embarras.
Le président de la République semble tout faire pour ne pas légiférer sur les rémunérations patronales. Cela ne risque-t-il pas d’empêcher la production d’une loi ?La situation est devenue intolérable : c’est une insulte, une trahison de l’opinion publique et les députés UMP sont très gênés par le blocage du président de la République. Jean-Luc Warsmann est, comme moi, député des Ardennes et il constate la situation dans laquelle sont les PME dans notre département. Lui et d’autres commencent sérieusement à envisager de légiférer.
Quelle forme pourrait prendre une telle loi ?Le 30 avril prochain, le groupe socialiste présentera, en plus d’une proposition de suppression du bouclier fiscal, un projet de législation sur les hauts salaires. Mais l’Etat dispose déjà d’armes pour limiter la rémunération des grands patrons, comme l’ont montré nos voisins : en Allemagne, l’Etat a exigé des entreprises qui voulaient bénéficier du plan de sauvetage de limiter les salaires des dirigeants, comme en Hollande et, plus récemment, aux Etats-Unis. Sans forcément les supprimer, les parts variables doivent être limitées et il faut reconnaître que la fiscalité française en matière de stock-options est bien plus légère que celle de nos voisins.
Il faudrait également envisager de mettre en rapport minima sociaux et rémunérations patronales : depuis vingt ans, les salaires des dirigeants ont augmenté sans aucun rapport avec leur utilité sociale. Nous sommes passés d’un système de rémunération à des rentes de situation.