Motion de censure
(Article 49 alinéa 2 de la Constitution)
La
vie quotidienne des Français est de plus en plus difficile : augmentation du
chômage et multiplication des licenciements, creusement des inégalités,
faiblesse des salaires et des pensions, développement de la précarité et baisse
du pouvoir d'achat.
Notre pays s’enfonce dans une crise profonde : crise économique et sociale, crise politique et démocratique. Le Président de la République concentre entre ses mains tous les pouvoirs et supprime un à un tous les contre-pouvoirs, dans les médias, dans la Justice, au Parlement. Il fait pression sans cesse sur les partenaires sociaux et privilégie le passage en force. Son autoritarisme avive les tensions sociales.
Depuis
l’élection présidentielle, les Français subissent de plein fouet les effets
d’une politique qui baisse les impôts des plus favorisés, supprime les droits
sociaux et finalement démantèle les services publics, le système de santé et
l’école.
Aujourd'hui
la France n'a toujours pas de véritable plan de relance. Les Français ont
besoin que soient apportées des réponses fortes, justes qui équilibrent les
mesures en faveur de l’investissement et de la consommation. L’urgence
est à une action globale, massive et à effet immédiat des pouvoirs
publics.
Des
solutions existent pour augmenter rapidement le pouvoir d'achat des Français
aux revenus moyens et modestes, pour protéger les salariés victimes des
restructurations, pour empêcher les licenciements boursiers, pour soutenir
fortement l'investissement, pour accompagner les secteurs industriels en grande
difficulté, et relancer une véritable politique industrielle fondée sur le
retour d’un Etat acteur et stratège.
Le
versement d’une aide immédiate de 500 euros aux titulaires de la prime pour
l’emploi et des minima sociaux, la revalorisation du SMIC de 3%, la
revalorisation des allocations logement, la baisse de la TVA, le gel des loyers
y contribueront.
Agir
pour l’emploi et la protection des salariés est indispensable pour faire face à
la catastrophe sociale qui s’annonce. L’augmentation de la durée et de
l’indemnisation du chômage partiel, l’amélioration de l’indemnisation des
salariés victimes de licenciement économique, le remboursement préalable des
aides publiques des entreprises bénéficiaires qui licencient, la création de
100 000 emplois aidés supplémentaires y contribueront.
Relancer
l’investissement tant public que privé est une urgence. Un pacte entre les
collectivités territoriales et l’Etat, un plan de modernisation de l’hôpital
public, la mise en chantier de 300 000 logements sociaux en deux ans, la
modulation de l’impôt sur les sociétés en fonction de l’investissement, un
meilleur accès aux crédits par une intervention de l’Etat véritablement
contraignante auprès des banques, la création de fonds régionaux permettant de
financer directement les PME, un moratoire sur le paiement des dettes sociales
et fiscales y contribueront.
Les
propositions s’inscrivent pleinement dans une politique de promotion d’un
modèle de développement durable et de réponse au défi écologique, de régulation
du système financier et de nécessaire coordination européenne.
Face
à une crise structurelle du libéralisme, elles ont l’ambition de créer une
dynamique de changement profond pour la construction d’un nouveau modèle
économique et social.
Ce
sont ces propositions que l’opposition souhaite mettre en débat. Notre combat
n’est pas seulement un acte de résistance. Nous voulons alerter sur les graves
conséquences de l’inaction économique et sociale du gouvernement, prendre date
devant les Français et leur proposer les mesures que nous croyons
indispensables au rétablissement de la confiance. Nous refusons le confort
d’une opposition qui n’aurait qu’à commenter les échecs de la majorité. Nous
voulons au contraire que puisse s’organiser la confrontation entre deux
logiques, deux projets, deux conceptions de la puissance publique.
C’est
pourquoi nous avons exprimé notre refus de voir l’expression des minorités
bridée au Parlement. Une démocratie s’honore d’avoir un pouvoir qui a la
capacité d’agir, mais aussi des contre-pouvoirs médiatiques, judiciaires,
parlementaires, syndicaux qui concourent ensemble à l’édification du débat
public.
En
déposant une motion de censure, les députés du groupe socialiste, radical, citoyen
et divers gauche souhaitent utiliser les moyens que leur donnent les
institutions pour présenter leurs propositions et montrer qu'une politique
alternative est possible pour agir vraiment contre la crise économique et
sociale.
Pour
tous ces motifs, l'Assemblée nationale censure le gouvernement en application
de l'article 49 alinéa 2 de la Constitution.
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